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8 mars : D'où vient la date des droits des femmes ?

 




Impossible de parler des droits des femmes sans mentionner Clara Zetkin, une figure emblématique du féminisme. Inspirée par les suffragettes et les socialistes, la première Journée nationale des femmes a vu le jour aux États-Unis en 1909. Puis, en 1910, Clara Zetkin propose lors d'une conférence à Copenhague l'idée d'une journée internationale pour le droit de vote et les droits des femmes. Sa proposition, largement soutenue, marqua un tournant dans la lutte féministe mondiale. Enseignante, journaliste et femme politique allemande, Clara Zetkin est l’une des figures majeures du mouvement féministe et du mouvement ouvrier international.


La Journée Internationale des Femmes, célébrée chaque 8 mars, trouve ses racines dans les luttes sociales et féministes du début du XXe siècle, particulièrement en Europe et en Amérique du Nord. La date symbolique du 8 mars fait référence à la grève des ouvrières en Russie, à Saint-Pétersbourg, le 23 février 1917 (selon le calendrier julien, soit le 8 mars dans le calendrier grégorien). Cette grève, portée par les revendications de "pain et paix", fut l'un des événements déclencheurs de la Révolution russe. Elle marqua également un tournant décisif, car elle aboutit à l’obtention du droit de vote pour les femmes en Russie. En 1977, l’ONU officialisa la date du 8 mars, mais les luttes féministes et ouvrières l’avaient déjà ancrée bien avant cette reconnaissance internationale.

En Haïti, la Journée Internationale des Femmes met également en lumière les pionnières qui ont structuré le mouvement féministe bien avant l'officialisation de cette date par l’ONU. Ces femmes ont mené de longues batailles pour le droit de vote, l'éducation, et la participation politique des femmes.

Les Pionnières de la Ligue Féminine d'Action Sociale (1934)

La Ligue Féminine d'Action Sociale a été le premier mouvement féministe organisé en Haïti. Ses militantes ont lutté sans relâche pour le droit de vote, obtenu en 1950, et pour l’égalité civile des femmes. Voici quelques-unes des figures emblématiques de ce mouvement :

Alice Garoute : Cofondatrice de la Ligue, elle est une figure centrale du suffrage féminin en Haïti. À sa mort en 1950, elle demanda qu’aucune fleur ne soit déposée sur sa tombe tant que les Haïtiennes n’auraient pas obtenu le droit de vote.

Madeleine Sylvain-Bouchereau : Première Haïtienne à détenir un doctorat en sociologie, elle a joué un rôle clé dans l’éducation des femmes et la rédaction de textes juridiques pour l’égalité.

Yvonne Sylvain : Première femme médecin d’Haïti, militante active au sein de la Ligue et défenseure de la santé et des droits des femmes.

Fernande Bellegarde, Cléante Valcin et Thérèse Hudicourt : Intellectuelles et militantes, elles ont contribué à la création du journal La Voix des Femmes, un espace de diffusion des idées féministes.


Figures de l'Histoire et du Pouvoir

À l’occasion du 8 mars, la mémoire collective honore également celles qui ont ouvert la voie dans les institutions et dans l’histoire nationale de notre pays :

Ertha Pascal-Trouillot : Première (et unique) femme à avoir occupé la présidence de la République d'Haïti (1990-1991), elle demeure un symbole fort de leadership féminin en Haïti.

Claudette Werleigh : Première femme à devenir Premier ministre en Haïti (1995), une figure incontournable de la politique haïtienne.

Marie Sainte Dédée Bazile (Défilée la Folle) : Bien que moins reconnue pour son rôle politique, elle est célébrée comme un symbole de courage et de résistance face à l'oppression durant la Révolution haïtienne.


Les Militantes Contemporaines

Depuis la marche historique du 3 avril 1986, de nouvelles figures et organisations ont pris le relais pour continuer à porter le flambeau du féminisme, notamment en dénonçant les violences de genre :

Lyliane Pierre-Paul : Journaliste engagée, décédée en 2023, elle a marqué la lutte pour la liberté d’expression et pour les droits des femmes, en particulier dans un contexte de censures et de pressions politiques.

Les militantes de la SOFA et de Kay Fanm : Ces deux organisations, la Solidarité des Femmes Haïtiennes (SOFA) et Kay Fanm, sont aujourd’hui des piliers essentiels dans les commémorations du 8 mars en Haïti. Elles jouent un rôle crucial dans la défense des droits des femmes et dans la lutte contre les violences de genre.


La Journée Internationale des Femmes, le 8 mars, continue d'être un moment de réflexion et de mobilisation à travers le monde, et notamment en Haïti. Elle met en lumière les avancées réalisées tout en soulignant les nombreux défis qui persistent. Chaque année, ce jour nous rappelle l'importance de la solidarité et de la justice pour les femmes, avec l’espoir d’un monde plus inclusif, où l’égalité des droits n'est pas un idéal lointain, mais une réalité.


Jimmy GUERRIER

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