Les faits, simplement
Ariana a remporté le House of Challenge, une compétition internationale fondée sur la popularité et la créativité des influenceurs TikTok. Elle y représentait Haïti face à des participantes africaines disposant d’audiences comparables. Sa notoriété déjà établie construite sur des millions d’abonnés constituait un avantage structurel dans ce type de format.
Abigail, de son côté, a remporté l’Eloquentia International, concours d’éloquence francophone organisé en France, ouvert à toute personne maîtrisant l’art oratoire. Haïti y était déjà représenté l’année précédente par Stéphaneau Dehilaire, inscrivant sa victoire dans une continuité nationale.
Deux compétitions, deux logiques
Ces deux compétitions n’évaluent ni les mêmes compétences, ni les mêmes formes de performance.
L’une repose sur la capacité à capter, retenir et mobiliser une audience numérique.
L’autre valorise la rigueur intellectuelle, la construction du discours et la maîtrise de la parole.
Les comparer revient à juxtaposer deux disciplines qui ne partagent, au fond, que leur dimension internationale. Le reste est projection.
La fabrique de la rivalité
La rivalité observée sur les réseaux sociaux haïtiens ne repose sur aucune opposition réelle entre Ariana et Abigail.
Elle est le produit d’un mécanisme désormais bien identifié : transformer toute simultanéité de succès en opposition binaire. Les plateformes favorisent ce type de narration, plus engageante, plus clivante, et donc plus rentable en attention.
Deux victoires deviennent alors, presque automatiquement, un duel. Pas parce que c’est pertinent, mais parce que ça fonctionne.
Entre perception et réalité
Soutenir l’une, l’autre, les deux ou aucune relève d’un choix individuel.
Ce qui mérite une analyse plus sérieuse, c’est la vitesse avec laquelle deux réussites haïtiennes ont été reconfigurées en espace de confrontation. Ce réflexe en dit moins sur les concernées que sur le rapport du public à la réussite, souvent perçue comme un jeu à somme nulle.
Sortir du réflexe de division
Ariana et Abigail n’ont jamais été adversaires. Cette opposition leur a été attribuée.
Réduire leurs parcours à une rivalité, c’est passer à côté de l’essentiel : deux trajectoires distinctes, deux formes d’excellence, une même capacité à porter Haïti sur des scènes internationales différentes.
Mais il faut croire que célébrer sans comparer reste un exercice trop exigeant pour certains. Dommage, c’était pourtant l’option la plus intelligente.
Sketchy Figaro

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